Le domaine des murmures

Media_2« Spectacles

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 Photos : Philippe Bernay

Mise en scène : Gaëlle About

Création costumes: Clotilde Mauvais

Création lumières: Vezio Cossio

Avec : 

 Esclarmonde: Karine About

La Conteuse: Anne Prost-Cossio

 

Ce spectacle a reçu l’aide au projet du Conseil Général de Saône et Loire

 

Un roman de Carole Martinez, qui fait comme un choc:

1187 au Château de Hautepierre, appelé aussi le Domaine des Murmures

Esclarmonde, la jeune héritière, n’a aucune envie d’accepter pour mari celui que lui destine son père, Lothaire, un chevalier aux mœurs un peu brutales envers les femmes et sans aucune sensibilité. Sa seule liberté de choix : se vouer à vie à la réclusion. Elle sera emmurée vive dans une cellule attenante à la chapelle du château, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle pourvue de barreaux. Mais avec elle, elle emporte un secret, une tache, un viol subi lors de ses dernières heures à l’extérieur.

Désormais, Esclarmonde va devenir celle à qui l’on se confie, la sainte qui va faire naître par miracle un nouveau Christ, celle qui protège tout son fief de la mort. Elle vivra par procuration les combats perdus des Croisades où son père va expier ses fautes. Mais la violence de son temps la rejoindra jusque dans sa retraite.

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Carole Martinez est née en 1966, et a grandi à Paris, bercée par les histoires de sa grand-mère d’origine espagnole. Adolescente, elle se passionne pour Hermann Hesse, lit les poètes, Hugo, Apollinaire et Rimbaud, et écrit ses premières nouvelles. Amoureuse de l’œuvre de Claudel et de Shakespeare, elle s’imagine une vie sur les planches et tente de monter une troupe de théâtre.

Elle exerce ensuite plusieurs métiers avant de passer, à 30 ans, le Capes de lettres.

Carole Martinez a désormais quitté provisoirement l’Éducation nationale pour se consacrer à l’écriture. Sorti dans l’indifférence générale en février 2007, Le Cœur cousu, son premier roman, a reçu huit prix dont le troisième prix Ouest-France Étonnants Voyageurs et s’est vendu à plus de 340 000 exemplaires.

En 2011, elle publie « Du domaine des murmures » qui remporte un succès critique et public, il est récompensé par le Goncourt des lycéens et le prix Marcel Aymé décerné par le conseil régional de Franche-Comté.

Carole Martinez a débuté ce roman autour de la légende de Barbe-Bleue, en voulant confronter son héroïne contemporaine aux « murmures » des six femmes précédentes de Barbe-Bleue, dont l’une d’elles serait emmurée dans la grosse tour du château.

Sa recherche l’a conduite à donner la parole aux femmes du temps passé et elle a découvert l’existence des recluses au Moyen-Age.

Son projet d’écriture va se décliner sur plusieurs romans, chacun d’eux consacré à une figure de femme dans l’Histoire, la parole féminine face au masculin. Ce cycle retrouvera sans doute en sa conclusion la figure contemporaine.

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Les recluses

Au Moyen-Age, le terme « réclusion », non seulement n’a rien d’infamant, mais, puisqu’elle est volontaire, elle est considérée comme un des états de perfection du chrétien : mieux encore que les ermites et les moines, le reclus ou la recluse recherchent dans cette solitude absolue le tête à tête avec Dieu. Seul, dans le désir d’assurer son salut personnel et d’être aussi pour le monde pécheur, par la prière et la pénitence, un intercesseur privilégié. On ne s’étonnera pas d’un tel idéal en ce douzième siècle, le siècle des grands ordres religieux : Cisterciens, avec saint Bernard, Dominicains, etc., C’est aussi le siècle des croisades, le siècle durant lequel l’Europe se couvre de florissantes abbayes et de blanches cathédrales.

La forme de prière et de pénitence, un peu particulière il est vrai, qu’est la recluserie va donc, en ce siècle mystique, proliférer autant que les autres vocations religieuses. Aussi il se découvre des reclus partout : Rome en compte 260, toutes des femmes ; aucun pays de l’Europe actuelle qui ne connaisse ses reclus ou ses recluses, souvent dans les villes, dans de petits édifices où l’on jette du pain à celles qui prient: le reclus est une figure familière de la société du Moyen-Age.

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La dénomination traditionnelle d’« ordre des morts » n’est pas en soi innocente. Car ces femmes, même si elles vivent à proximité du monde des vivants, ne le fréquentent pas, ne le côtoient pas. Elles sont donc littéralement « mortes au monde », ainsi que le confirme le rituel solennel d’enfermement qui officialise leur rupture avec la société. Comparable à un véritable rite funèbre, il suit la liturgie traditionnelle des morts. Les personnes et la famille présentes à la cérémonie de réclusion le savent bien : elles assistent quasiment à un enterrement. Après avoir prononcé solennellement ses voeux religieux, la postulante est murée dans sa cellule, appelée « logette » ou «cellette» ; elle disparaît définitivement de la vue du monde. Personne ne doit plus pouvoir l’apercevoir et elle ne doit plus voir personne. C’est pourquoi la petite ouverture (fenestrelle) aménagée pour passer la nourriture est pratiquée suffisamment haut pour que la recluse ne puisse vraiment y accéder. On lui jette les aliments plutôt qu’on ne les lui donne de la main à la main. L’ouverture laisse à peine passer le jour. Pas de porte bien sûr ! La recluse vit constamment dans le noir, comme dans un tombeau ! Elle expérimente au quotidien la Passion du Christ, exprimant par le sacrifice intégral de son existence, une forme supérieure et héroïque de la vie monastique.

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Un certain nombre de ces recluses sont à l’origine des femmes en situation de déshérence, de désespoir et d’insécurité, victimes de viols ou filles repenties par exemple, qui ne sont pas parvenues à trouver une voie d’intégration ou de réintégration dans la société. La vie conjugale et la vie religieuse traditionnelle leur sont refusées parce que bâtardes, non vierges et, de ce fait, impures. Les communautés monastiques leur ferment les portes, beaucoup de familles aussi. Or, l’insécurité des temps et des lieux est chose courante au Moyen Age : ravages des guerres, attaques de bandits, enlèvements, viols. Les femmes sont les premières victimes de ces maux et la réclusion leur apparaît alors comme une planche de salut.

La lecture du roman de Carole Martinez est un choc, la confrontation avec la parole d’une femme tellement moderne malgré la distance temporelle. Le combat pour la survie des femmes prend ici la forme d’un enfermement concret et en même temps d’une suprême liberté poétique.

La Compagnie a créé en 2012 un spectacle dans un lieu patrimonial chargé d’histoire, le château de Germolles, demeure du 14e siècle, dernier palais des Ducs de Bourgogne. Nous y avons adapté un texte médiéval, Yvain ou le chevalier au lion de Chrétien de Troyes.

Faire revivre des murs anciens par le texte et la présence théâtrale procède de la magie. C’est pourquoi le désir de faire vivre Esclarmonde dans des lieux similaires ou des lieux de patrimoine « moderne » comme la Fabrique nous paraît évident.

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Le choix d’adapter l’histoire à deux voix féminines s’est également imposé car, outre la présence centrale d’Esclarmonde, « l’ombre qui cause », le roman raconte aussi l’union entre les femmes, avec les alliées de l’extérieur, Jehanne, puis Bérangère, ou même dans le dialogue avec Douce, la jeune belle-mère, d’abord hostile, puis acquise à la lucidité de la jeune fille.

La dimension de la conteuse nous permettra également de lier les épisodes, d’avancer dans le temps, à la manière d’un récit dirigé vers le public.

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Les hommes, force à laquelle on doit se soumettre, ne seront donc que des ombres, puisqu’ils perdent leur agressivité et se retrouvent face à eux-mêmes. Lothaire, chevalier à qui tout est dû, comprendra que l’amour courtois est plus profond et mystique qu’il ne le croyait. Le Père cherchera la rédemption jusqu’au bout du monde, dans la folie meurtrière des Croisades.

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Comme la Compagnie a également mis en scène il y a quelques années le texte de Carole Fréchette, La petite pièce en haut de l’escalier, qui est une adaptation moderne du conte de Barbe-Bleue, nous pensons être très proches de l’univers romanesque de Carole Martinez, tout en apportant des voix à ses mots.

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Les ateliers, réalisés à l’Espace Culturel du Brionnais à Chauffailles, ont rassemblé autour de ce spectacle:

-deux classes de 3e

-deux groupes de l’ESAT Oasis

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-des enfants de la MJC St Denis-Cabanes

-des personnes âgées du Foyer Le Belvédère.

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